Témoignages

Le mot de Rodrigo

Le langage Alzheimer

Rodrigo prétend que la personne vivant avec l’Alzheimer n’a pas un langage fluide, mais s’exprime plutôt avec une langue en perpétuelle mutation. Ici, il nous présente deux chroniques liées par un langage unique : le langage de l’amour, le langage de la vie. Comme Rodrigo dit si bien : « on peut danser sans se parler, mais cœur à cœur ».

 « Chronique de l'intérieur »
Mémoire routinière. Revenir par le même chemin, vérifier pour la énième fois si j'ai la clé dans ma poche, chercher mon chapeau, voir si les lacets de mes chaussures sont bien serrés.

Prendre l'air, en rêvant que je suis près de la mer, revenir à la maison en sifflant comme à la plage. Tout à coup, je suis en mode « Alzheimer », bien à l’intérieur de moi-même, là où la mémoire est un silence de mots.

« La patience »
Je perds la mémoire, je perds patience aussi. Parfois, je pleure sous un parapluie. Mon épouse dit qu'elle n'a pas de patience, parce que je suis celui des deux qui en a le plus. Je la regarde et me surprends. Nous avons vécu ensemble pendant 20 ans à contre-courant, au fil des contradictions. Elle a maintenant un mari avec des trous de mémoire, mais nous continuons ensemble sur un rythme qui rappelle le pas syncopé du tango : un pas dans l’absence, et deux pas de patience, en dansant ...
En fin de compte, nous dansons ensemble le tango de la patience.

Rodrigo Gonzalez


Last Updated: 11/08/2017