Mon meilleur ami

Exposé scolaire. Brynley, 11 ans

C’était un beau matin d’été. Une journée tout à fait spéciale pour une petite fille vive et pétillante, puisque c’était son anniversaire. Elle ne pouvait plus contenir sa joie. Elle avait maintenant cinq ans ! Pieds nus dans l’immense jardin de ses grands-parents, elle remuait les orteils dans l’herbe couverte de rosée.

« À vos marques. Prêts. Partez! », criait joyeusement son grand-père. La petite fille commençait alors sa course à travers le jardin rempli de tulipes, en passant autour de l’arbre et près de la mangeoire à oiseaux sur la petite colline, et terminait sa course dans les bras affectueux de son grand-père.

« Est-ce que j’ai été vite grand-papa, est-ce que j’ai été vite? » « Hum, hum, tu as battu ton propre record! », répondait-il en souriant.

« J’ai gagné, j’ai gagné, criait-elle! », toute joyeuse de son exploit. « Grand-papa, on fait une course tous les deux, d’accord? »

Le grand-père et sa petite-fille commençaient alors à courir, lui à quatre pattes et elle comme une vraie sprinteuse, avec toute l’énergie possible pour avoir le dessus. La course terminée, elle lui disait alors à voix basse, en prenant sa main et en regardant le bleu étincelant de ses yeux : « Je t’aime grand-papa, je t’aime! » et ce dernier répondait : « Je t’aime aussi mon rayon de soleil. »

Les années passaient et la petite fille grandissait en âge et en sagesse. Un jour de Noël, alors qu’elle avait dix ans, elle et sa mère ont offert un cadeau à son grand-père, qu’il a déballé en se faisant aider par grand-maman. Il s’agissait d’un calendrier britannique traditionnel. Le tenant dans ses mains, un éclair rapide passa dans ses yeux, mais c’était un souvenir embrouillé qui s’est tout de suite évaporé. Un peu plus tard, il a mis le papier d’emballage sur sa tête pour faire rire la famille. Tout le monde a ri, mais un silence gênant a tout de suite suivi. Les choses n’étaient plus les mêmes. Quand son grand-père l’a prise dans ses bras un peu plus tard, la petite fille a une fois de plus regardé ses yeux bleus. Son regard était devenu plutôt lointain et absent, mais son amour et sa bonté réussissaient encore à percer. Elle était toujours son rayon de soleil, pour l’instant du moins.

L’été suivant, par une autre belle journée ensoleillée, la petite fille (qui avait maintenant 11 ans) est retournée voir son grand-père. Elle avait tellement hâte. En compagnie de sa mère, elle est entrée tout doucement dans sa chambre. « Bonjour grand-papa », a dit la petite fille en souriant faiblement. « Allo », lui a-t-il répondu en retournant aussitôt son regard vers la fenêtre. La pièce était très petite et ressemblait à une chambre d’hôpital, mais pour lui donner l’impression qu’il était chez lui, on l’avait décorée avec des objets familiers. Dans sa peine, la petite fille a pris sa main. Elle essayait de lui parler, mais obtenait pour toute réponse qu’un hochement de la tête de temps en temps. Avant de partir, elle lui a chuchoté à l’oreille, avec tout son cœur : « Je t’aime grand-papa ».

La visite suivante, quelques mois plus tard, en compagnie de sa mère et de sa grand-mère, n’a pas été plaisante. Rien n’aurait pu la préparer à revoir ainsi son grand-père, faible et amaigri dans son lit. Elle en était toute retournée. Elle se souvenait de l’énergie qu’il avait déjà eue, de sa bonne santé et de sa joie de vivre. Elle savait dans son cœur que la fin approchait, mais elle ne pouvait s’imaginer une vie sans lui. Sa famille ne voulait pas qu’elle le voit mourir, son père est donc venu la chercher. Même si les larmes ruisselaient sur son visage triste et bouleversé, elle essayait de rester calme pour lui dire un dernier au revoir. Elle lui a tout d’abord raconté tous les beaux souvenirs qu’elle gardait de lui. Elle voulait qu’il sache qu’elle l’aimerait toujours et qu’il resterait pour toujours son grand-papa. Elle savait que s’il avait pu répondre, il lui aurait dit, en souriant : « Je t’aime aussi mon rayon de soleil ».

Mon grand-père, mon meilleur ami, est mort la nuit suivante vers 2h30. J’ai pleuré, pleuré, pleuré, jusqu’à ce qu’il ne me reste plus de larmes. Mais je savais que tout était pour le mieux, que la douleur et la souffrance de la maladie d’Alzheimer avaient pris fin et qu’il était libre.

Je sais qu’il m’aimait vraiment et ça me console. Aujourd’hui, quand je pense à lui, je me souviens du matin de mon cinquième anniversaire et de tous les autres beaux moments que nous avons passés ensemble. Il a été mon meilleur ami, un grand-papa joyeux, gentil et énergique, et je garde de lui exactement le souvenir qu’il aurait voulu que son rayon de soleil garde de lui.


Last Updated: 11/08/2017