Facteurs de risque
Qu’est-ce qu’un facteur de risque?
Il est possible de déterminer la cause précise de nombreuses maladies; la rougeole, par exemple, est due à un virus. Toutefois, la cause de nombreuses maladies chroniques est souvent inconnue ou incertaine. Pour trouver une réponse, les scientifiques étudient les facteurs qui semblent liés au développement de la maladie. C’est ce qu’on appelle les « facteurs de risque ». Leur présence signale un risque plus élevé de développer la maladie, sans toutefois constituer une certitude. Les facteurs de risque sont des caractéristiques propres à une personne, son mode de vie, son environnement et son hérédité; ils déterminent la probabilité de contracter telle ou telle maladie. Certains facteurs de risque peuvent être modifiés (comme la tension artérielle qui peut être diminuée) alors que d’autres sont immuables (comme la constitution génétique).
Les facteurs de risque ne causent pas la maladie d’Alzheimer. Ils suggèrent un risque accru, mais non la certitude de développer la maladie. De la même manière, le fait de n’avoir que peu ou pas de facteurs de risque connus ne protège pas nécessairement contre la maladie d’Alzheimer.
Les scientifiques croient que la maladie d’Alzheimer survient lorsqu’il y a trop de facteurs de risque, entravant alors les mécanismes naturels d’auto-réparation du cerveau. Cela réduit la capacité du cerveau à maintenir la bonne santé des cellules nerveuses.
D’autres études nous aideront à mieux comprendre le rôle des facteurs de risque dans le développement de la maladie d’Alzheimer.
Il est important de reconnaître les facteurs de risque pour la maladie d’Alzheimer afin que les gens puissent faire dans leur mode de vie des choix qui contribuent à réduire le risque d’être atteint de la maladie. Voir la section ci-dessous sur la réduction du risque.
Comment les facteurs de risque sont-ils déterminés?
Deux types d’études servent à déterminer les facteurs de risque. La première méthode consiste à suivre un groupe de personnes atteintes d’une maladie (en l’occurrence la maladie d’Alzheimer) et à les comparer à des personnes du même âge, du même sexe et présentant des caractéristiques similaires, qui ne sont pas atteintes. C’est ce qu’on appelle une étude cas-témoins.
On recueille des données sur les caractéristiques personnelles et familiales des personnes étudiées, de même que sur les types d’expositions antérieures auxquelles elles auraient été soumises en raison de leur mode de vie ou de leur travail. Les facteurs de risque sont les facteurs qui sont plus fréquents chez les personnes atteintes que chez les personnes saines. Il est important de noter qu’on retrouve aussi les facteurs de risque chez le groupe sain, mais cela reste moins fréquent. Cette méthode a été utilisée dans la première analyse des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer dans le cadre de l’Étude sur la santé et le vieillissement au Canada (ÉSVC).1
La deuxième méthode consiste à suivre un groupe de personnes en bonne santé sur une longue période. C’est ce qu’on appelle une étude de cohortes. Dans ce groupe, on compare les personnes qui ont des caractéristiques particulières (par exemple une tendance à l’hypertension artérielle) ou des modes de vie similaires (tel que le végétarisme) à celles qui ne présentent pas ces caractéristiques ou n’ont pas ce mode de vie afin de détecter des différences dans le rythme auquel ces deux groupes développent une maladie.
Les facteurs connus pour être associés à une maladie précise, par exemple l’obésité dans le cas de la maladie d’Alzheimer, revêtent un intérêt particulier dans les études de cohortes. Cette méthode permet aux chercheurs de déterminer les caractéristiques et les modes de vie qui sont associés à l’apparition de la maladie. Cette même méthode a été utilisée dans la deuxième analyse des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer dans le cadre de l’Étude sur la santé et le vieillissement au Canada.2
Quels sont les facteurs de risque associés à la maladie d’Alzheimer?
L’âge
L’âge est le facteur de risque le plus important. En vieillissant, les mécanismes naturels de réparation de l’organisme sont moins efficaces. Ce changement se produit dans le cerveau à différents rythmes selon les personnes et ces différences contribuent à la susceptibilité d’une personne de développer la maladie d’Alzheimer avec l’âge. D’autres facteurs de risque connus tendent aussi à augmenter avec l’âge (hypercholestérolémie et surpoids). Mais les facteurs de risque ne sont pas la cause première de la maladie d’Alzheimer. Le cerveau doit atteindre un certain âge critique pour que la maladie survienne. Plus on vieillit, plus le risque est élevé. Au Canada, une personne de plus de 65 ans sur 20 et une personne de plus de 85 ans sur 4 sont atteintes de la maladie d’Alzheimer.
Les antécédents familiaux et la génétique
Forme familiale de la maladie d’Alzheimer (FFMA)
Un faible pourcentage (5 à 7 %) des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer a la forme « familiale » de cette maladie (FFMA) (autrefois appelée « forme précoce de la maladie d’Alzheimer »). À un moment donné de l’histoire familiale, certains gènes ont subi une mutation et ont développé les caractéristiques anormales qui causent la FFMA. Ces gènes héréditaires ont une grande influence : si l’un des parents a la FFMA, chacun des enfants aura une probabilité de 50 % d’hériter de la maladie. Si les deux parents ont la FFMA, tous leurs enfants développeront la maladie d’Alzheimer à l’âge adulte. Ces gènes héréditaires distinguent la FFMA d’une autre forme plus courante de la maladie d’Alzheimer, la forme sporadique, mais les deux formes sont, pour le reste, identiques.
Forme sporadique de la maladie d’Alzheimer
On croyait autrefois que la forme sporadique de la maladie d’Alzheimer (alors appelée « forme tardive de la maladie d’Alzheimer ») n’était pas associée aux antécédents familiaux. On sait maintenant que le fait d’avoir un parent proche (père, mère, frère ou sœur) atteint de la maladie d’Alzheimer triple le risque de développer celle-ci.* Le risque augmente encore si les deux parents ont la maladie. Donc, mis à part les gènes liés à la forme familiale de la maladie, il existe des facteurs génétiques relatifs à la maladie d’Alzheimer partagés par les membres d’une même famille.
De nouvelles recherches révèlent l’existence d’un plus grand nombre de facteurs de risque génétiques de la forme sporadique de la maladie d’Alzheimer. Cela signifie que ces gènes sont plus fréquents chez les personnes atteintes, bien qu’on les retrouve aussi chez des personnes qui n’ont pas la maladie d’Alzheimer. Les personnes qui possèdent ces facteurs de risque génétiques ne sont pas aussi gravement exposées que les personnes qui possèdent les gènes mutants responsables de la FFMA. En fait, le risque associé à l’un ou l’autre de ces facteurs de risque génétiques récemment découverts est moins élevé que le risque associé au fait d’avoir un parent atteint de la forme sporadique de la maladie (à l’exception du gène apoE4 dont il est question ci-après).
*Voici une façon utile de comprendre le risque relatif : dans un groupe de 100 personnes n’ayant aucun risque génétique défini, 5 auront la maladie d’Alzheimer à 65 ans (mais 95 ne l’auront pas). Dans un groupe de 100 personnes qui ont chacun un parent atteint de la maladie d’Alzheimer, 15 auront la maladie à l’âge de 65 ans (et 85 ne l’auront pas).
Le gène ApoE4
Ce gène est le facteur de risque le plus important de la forme sporadique de la maladie d’Alzheimer. Les gènes apoE régulent la production d’une protéine qui aide au transport du cholestérol et des autres gras dans le sang vers les cellules du corps. Des trois variantes du gène apoE (apoE2, apoE3 et apoE4), la variante apoE4 est associée à un risque accru de maladie d’Alzheimer.
Toutes nos cellules (sauf les ovules et le sperme), possèdent un double exemplaire de nos gènes, l’un provenant de la mère et l’autre du père. Les personnes dont la paire de gènes apoE comprend un gène apoE4 courent trois fois le risque normal de développer la maladie d’Alzheimer. Chez les personnes porteuses de deux gènes apoE4, la moitié développera la maladie d’Alzheimer à 65 ans. Ceci dit, une personne qui n’est pas porteuse du gène apoE4 peut quand même développer la maladie d’Alzheimer et une personne qui est porteuse de deux gènes apoE4 n’en sera pas nécessairement atteinte.
Les femmes
Deux fois plus de femmes que d’hommes ont la maladie d’Alzheimer. Certains pensent que ceci est attribuable en grande partie aux changements hormonaux qui surviennent à la ménopause, particulièrement la diminution de l’œstrogène, une hormone importante. Auparavant, on prescrivait souvent de l’œstrogène pour soulager les symptômes de la ménopause et réduire le risque de développer la maladie d’Alzheimer. Toutefois, une étude clinique à grande échelle assez récente recommandait d’interrompre le traitement hormonal substitutif (THS) en raison de ses effets secondaires potentiellement dangereux. Plusieurs chercheurs cliniques considèrent cependant que le THS devrait faire l’objet d’études plus poussées dans le contexte de la maladie d’Alzheimer. Toute décision quant à son usage devrait être faite en consultation avec un médecin.
Les changements hormonaux ne sont pas le seul facteur qui contribue à la plus grande incidence de la maladie d’Alzheimer chez les femmes. En moyenne, les femmes vivent plus longtemps que les hommes et l’âge est un facteur de risque. Les femmes sont plus exposées au risque de faire du diabète, ce qui est aussi un facteur de risque (voir ci-après). Enfin, on a récemment identifié un gène qui n’est présent que chez les femmes et qui semble augmenter quelque peu le risque de développer la maladie d’Alzheimer.
Ablation des ovaires
Un lien est également possible entre l’ablation des ovaires et le risque d’être atteint de la maladie d’Alzheimer. L’ablation des ovaires déclenche la ménopause, et élimine la source de la majeure partie de l’œstrogène de l’organisme. L’œstrogène peut protéger le cerveau contre les changements liés au vieillissement qui pourraient entraîner les troubles cognitifs et la maladie d’Alzheimer. Cette observation est peu concluante et des études supplémentaires s’avéreront nécessaires.
Les maladies cardiovasculaires
Tous les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires (comme l’hypertension et l’hypercholestérolémie) sont aussi des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer et de la maladie cérébro-vasculaire. Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les « mini-AVC », généralement détectés lors d’examens ultérieurs, sont aussi des facteurs de risque bien établis pour la maladie d’Alzheimer et la maladie cérébro-vasculaire.
Le diabète
On sait depuis plusieurs années que le diabète de type 2 (diabète adulte) est un facteur de risque de la maladie d’Alzheimer. On croyait généralement que ces deux maladies étaient liées aux problèmes cardiaques, qui sont associés au diabète et constituent des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer. On savait aussi que le glucose était moins bien assimilé dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, une situation similaire aux diabétiques de type 2, dont l’organisme assimile mal le glucose.
Des études récentes ont indiqué que le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer présente une condition très semblable au diabète; certains appellent cette maladie diabète de type 3. Les chercheurs ont en effet découvert que chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, la production d’insuline dans le cerveau est réduite et que les neurones y sont moins sensibles (la production de l’insuline dans le cerveau est indépendante de la production de l’insuline dans le pancréas, le principal organe de production d’insuline). Les études se concentrent maintenant sur l’action des médicaments antidiabétiques qui ciblent le cerveau des personnes qui ont la maladie d’Alzheimer.
Récemment, des études ont démontré que les enfants atteints de diabète de type 1 (diabète juvénile) sont à risque de développer la maladie d’Alzheimer à l’âge adulte.
Le syndrome de Down
Le cerveau de la plupart des adultes atteints du syndrome de Down qui atteignent la quarantaine développera les changements anormaux caractéristiques de la maladie d’Alzheimer (plaques et écheveaux). Il est toutefois important de noter que chez les personnes qui ont le syndrome de Down et dont le cerveau présente ces changements, toutes ne développeront pas la maladie d’Alzheimer. Il semble probable que ces personnes n’aient pas encore développé d’autres changements dus à l’âge qui surviennent chez la plupart des personnes qui ont la maladie d’Alzheimer.
Le trouble cognitif léger
Dans le trouble cognitif léger (TCL), le niveau de détérioration cognitive et/ou des troubles de la mémoire est supérieur à celui enregistré dans le processus normal de vieillissement, mais il n’est pas suffisamment avancé pour qu’on puisse parler de maladie d’Alzheimer ou de maladie apparentée. On estime que 85 % des personnes qui ont reçu un diagnostic de TCL, généralement au début de la quarantaine ou de la cinquantaine, développeront la maladie d’Alzheimer dans les dix années suivantes, ce qui fait de la TCL un facteur de risque important. Les chercheurs savent maintenant que les changements cérébraux anormaux qui caractérisent la maladie d’Alzheimer peuvent commencer à apparaître chez les personnes qui ont reçu un diagnostic de TCL au moins 20 ans avant tout signe visible de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. L’imagerie cérébrale pourrait permettre de repérer les personnes atteintes de TCL les plus à risque de développer la maladie. Les recherches se poursuivent dans ce domaine.
Les lésions à la tête
Les lésions à la tête, notamment les commotions à répétition, sont considérées par la plupart des cliniciens comme des facteurs de risque de développement ultérieur de la maladie d’Alzheimer.
Un faible niveau de scolarité
Plusieurs études ont démontré que les personnes ayant moins de six ans de scolarité semblent être plus susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer. On croyait jusqu’ici que la stimulation cérébrale associée à l’apprentissage avait un effet protecteur sur le cerveau. Mais de nouvelles études remettent en question ces conclusions et il est possible que des facteurs associés à la faible scolarité, tels qu’un mode de vie malsain, expliquent la hausse de ce risque plutôt que le niveau de scolarité en tant que tel.
Autres facteurs de risque
En plus des facteurs de risque déjà décrits, tous les éléments suivants ont été recensés comme facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer : les inflammations chroniques (indiquant possiblement une défaillance du système immunitaire), des épisodes passés de dépression clinique, le stress et le manque d’exercice du cerveau. D’autres facteurs de risque comme le tabagisme, la consommation excessive d’alcool et les toxicomanies restent moins fondés.
Qu’en est-il de l’aluminium?
La majorité des chercheurs ne considèrent plus l’aluminium comme facteur de risque de la maladie d’Alzheimer. Toutefois, des chercheurs étudient encore la possibilité que des personnes puissent être à risque en raison d’intolérances à des aliments contenant du cuivre, du fer ou de l’aluminium.
La réduction du risque
Même si les gènes jouent un rôle important dans le développement de la maladie d'Alzheimer, il est possible de réduire les risques en adoptant de saines habitudes de vie. On estime que plus de la moitié des cas d'Alzheimer dans le monde entier seraient attribuables à sept facteurs de risque modifiables : le diabète, l’hypertension artérielle, l'obésité, le tabagisme, la dépression, l'inactivité cognitive ou le faible niveau de scolarité, et l'inactivité physique.3
Un mode de vie sain comprend une bonne alimentation, le maintien d’un poids sain, une activité physique régulière, même modeste, le maintien d’une tension artérielle et d’un taux de cholestérol normaux et la participation à des activités stimulantes sur le plan intellectuel et social. Pour plus d’information sur la façon de réduire vos risques, consultez la section Un cerveau en santé.
Vous voulez en savoir plus?
Pour en savoir plus sur les facteurs de risque, téléchargez le fichier PDF suivant :
Rapport sur la maladie d’Alzheimer et la recherche actuelle, du Dr Jack Diamond, directeur scientifique émérite ancien de la Société Alzheimer du Canada avril 2008 (24 pages).
Vous pouvez vous procurer les feuillets d’information de la Société Alzheimer en vous adressant à votre Société Alzheimer locale.
Notes en bas de page :
- (1994). Canadian Study of Health and Aging: Risk Factors for Alzheimer’s Disease in Canada. Neurology, 44:2073–2080.
- (2002). Risk Factors for Alzheimer’s Disease: A Prospective Analysis from the Canadian Study of Health and Aging, American Journal of Epidemiology 2002; Vol. 156, Nº 5, p. 445-453.
- (2011) The projected effect of risk factor reduction on Alzheimer's disease prevalence, The Lancet Neurology, http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS1474-4422(11)70072-2/abstract
Mise à jour : 11/02/12